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Cyril

Une rencontre inattendue lors d’un voyage de groupe de dix jours en Méditerranée. Un cadeau du Ciel qui me rend plus libre par rapport aux aléas de ma vie, moins dépendant des autres, parce qu’un peu plus certain que je suis digne d’être aimé.

La perle de la Méditerranée c’est « Cyril ». Ce jeune, de 20 ans mon cadet, sans le savoir, a touché quelque chose de très profond en moi. De l’avoir rencontré, même si je ne le reverrai sans doute jamais, me donne beaucoup de joie et me dit quelque chose de l’Amour qui crée, relève et guérit. Cyril m’a fait comprendre que je pouvais être aimé tel que j’étais, sans avoir besoin d’ajouter quelque chose à mon physique ou à mon esprit. Il m’a donné confiance. Peut-être est-ce la première fois qu’un homme agit ainsi envers moi. Un homme ? Ce n’est pas encore complètement un homme. Il a dix-neuf ans et un regard d’enfant. Il m’a fait comprendre que le besoin d’être aimé (qu’il exprimait facilement par l’attente de mes compliments, de ma présence), n’est pas un sentiment négatif lié à une blessure. Ce besoin –s’il demeure paisible- est bon et naturel. Cyril n’avait pas de réelle blessure liée à la famille ou à l’enfance. J’ai pris soin d’en parler avec lui : son père, sa mère et ses frère et sœur s’entendent à merveille, comme c’est souvent le cas dans la culture arabe, très « famille » par tradition. Il fallait voir son désir de bien faire, de me demander de prier pour qu’il soit un bon frère aîné, de s’initier tout humblement aux codes du savoir vivre européen… Un jour à table, il me dit : « tu dois m’apprendre comment couper ma viande avec un couteau parce qu’ici on n’utilise pas de couteau » et avec quelle application mettait-il en œuvre mes conseils ! Cyril laissait s’exprimer envers moi son romantisme avec une simplicité désarmante : "chante moi une chanson, je ferme les yeux et je penserai à ma fiancée"… "cette nuit on pourrait parler ensemble devant la pleine lune"… "je voudrais qu'on soit amis pour la vie"… "Quand tu partiras je vais pleurer tous les jours"… "je t'aime beaucoup"... Cyril accordait à mes paroles l’importance qu’un enfant voue à celles de son père qui le valorise et le fortifie : « est-ce que tu me trouves beau ce matin? »… Mais il portait aussi sur moi ce regard valorisant : "tu n'as pas besoin de te passer la main dans les cheveux avant d'être pris en photo, tu es beau naturellement, sans rien faire"… Parcourant les photos qui se trouvaient sur mon ordinateur portable, il voulut graver sur un CD toutes celles où j’apparaissais.

Cyril est devenu mon ‘Petit Prince’ durant ce voyage. Il ne me quittait pas d’une semelle. Ses mots avaient en moi une résonnance immense dont il ne pouvait soupçonner la portée. Les Arabes sont très tactiles entre amis, surtout quand ils sont jeunes. Les gestes de Cyril m’attendrissaient tant ils étaient affectueux et surtout naturels. Aucun calcul, mais une amitié spontanée. Il voulait souvent être pris en photo avec moi et me soulevait alors le bras et le mettait lui-même autour de son épaule. Un jour il me dit : « j'aime comment tu serres la main parce que tu le fais franchement, en serrant fort ma main entière ». Il est vrai que dès que je le croisais le matin, ce geste me donnait déjà de la joie !

Cyril savait aussi être au service de tous. Sa charité débordait comme un vase trop plein. Dès qu’il sentait que j’avais besoin de quelque chose il se levait pour me l’apporter. Bien qu’il gardait pour moi les gestes et les mots « doux », il était serviable avec la plupart. Il avait un très grand désir de bien faire. Il me confiait qu’il avait des amis peu scrupuleux qui exerçaient une mauvaise influence sur lui et il me demandait conseil. Plus tard il voudrait être directeur de la Commercial International Bank de son pays, mais il a failli être footballeur professionnel, car il est très musclé et agile. Lorsque je lui expliquai que moi aussi j’avais fait des études de commerce il me répondit « Oh !... Dieu veut-il par là nous dire quelque chose ?... ». Plus tard, dans un autre contexte, je lui ressortis cette phrase, et alors ses yeux brillèrent comme des étoiles, il était tout joyeux et me dit « Quoi !? Tu as retenu la phrase que je t’ai dite ?? C’est formidable ! ».

C’est une bouleversante proximité du cœur qui m’unissait à lui. Et à la fois, une saisissante incapacité en moi d’exprimer aussi naturellement que lui mon affection. La peur du regard et du jugement des autres en était la principale raison, mais aussi le respect de son jeune âge et de son âme d’enfant dont je ne voulais endommager l’innocence et la pureté en lui démontrant sans mesure mon attachement. Cyril, à 19 ans et demi était pourtant déjà fiancé, comme c’est parfois le cas dans les traditions de l’autre rive de la Méditerranée. Mais il ne comptait pas se marier avant une quinzaine d’années. Et surtout il affirmait vouloir rester chaste jusqu’au mariage, mettant ainsi en application les valeurs de sa culture. « Que fais-tu, Cyril, quand tu vas voir ta fiancée ? » « On se promène le long du Nil et je lui dis des mots d’amour ». Et il ajoute : « Ici, il y a deux sortes d’hommes, ceux qui sont violents et ceux qui sont romantiques, je fais partie de ces derniers ».

Au moment du départ, je m’attendais à voir les larmes de mon ami couler abondamment. Mais Cyril n’avait pas l’air malheureux. Il me dit « je suis bien parce que je sais que de toutes façons, on reste en lien ». Pendant un moment ce détachement apparent me fit mal mais je réalisai aussi combien son affection appartient surtout à l’instant présent. Son affectivité n’est pas blessée, elle est naturelle et innocente, gratuite, désintéressée, et à la fois, c’est certain, elle attend un retour légitime. Certainement Cyril croisera t-il d’autres hommes comme moi à qui il donnera son cœur. Ce genre d’amitié ne souffre sans doute pas la distance. Je lui ai écrit plusieurs fois mais n’ai reçu qu’une seule réponse, bien longtemps après et très succincte, bien que très affectueuse. Puis, plus rien. Je compris que mon petit Prince était reparti sur sa planète (ou moi sur la mienne) et qu’il me fallait accueillir cette parenthèse de ma vie comme une grâce, aussi surprenante qu’éphémère. Tout cela me fut donné sans que je m’attende à quoi que ce soit. Toutefois, cela répondait étrangement à ce besoin profond que je m’avoue dans le silence : celui d’avoir un cœur d’ami et des amis de cœur…

A travers Cyril, je comprends mieux ce qu’aimer inconditionnellement veut dire. Le fait d’avoir vu un tout petit reflet de cet Amour en un être humain, le fait de savoir que quelque part dans le monde il y a un être aussi noble que lui, et que je l’ai rencontré, …suffit à apaiser mon coeur et le combler de reconnaissance, oubliant un moment, la recherche infructueuse de mon âme. Mon amitié pour Cyril s’est vite défaite de toute empreinte de possessivité. Une sérénité nouvelle, une force nouvelle, m’habitèrent ensuite.

Prononçant au micro mes adieux à l’ensemble du groupe, je n’avais que le mot « cœur » à la bouche. Etre un seul cœur malgré les différences, cœur à l’ouvrage, place nouvelle dans mon cœur… Or, de retour chez moi, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un immense cœur en couronne de roses, accroché à ma fenêtre et s’étendant jusqu’au vis-à-vis du voisin ! Comme si tous nos chemins, les événements de notre vie, étaient mystérieusement liés quand il s’agit d’amour.