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LETTRE A PROPOS DU SECRET DE BROKEBACK MOUNTAIN

Mon bon,

Hier après midi je suis allé voir un film qui vient de sortir et dont tu as dû entendre parler, Le secret de Brokeback Mountain, encouragé par ma petite femme, aussi inquiète que moi de ce qu'avance ce film. Au retour, alors que j'ai passé une partie de la nuit éveillé, comment ne pas t'en rendre compte, à toi? J'aimerais que tu ailles le voir tout en te prévenant de la tristesse odieuse que ce film véhicule de bout en bout, malgré ses somptueuses images.

Au fond c'est tout l'inverse de mon roman La Chambre Haute! Quand donc pourra t-on faire entendre sur ce sujet une autre voix? Quand? Donc, va voir ce film en songeant, émerveillé, à tout ce que nous avons su nous deux vivre, transformer, pour être capable aujourd'hui de mesurer combien l'amour qui nous tient, en même temps est pour nous liberté. Dans Le secret de Brokeback Mountain, tout est faux parce que le parti est de croire qu'une relation sexuelle entre deux hommes est l'égal de celle au sein d'un couple homme-femme, avec pour seule différence une abominable obligation à la violence, comme si l'amour entre deux hommes pouvait trouver ainsi une identité propre. C'est terrible et en même temps le lièvre est débusqué: les rapports sexuels entre deux hommes sont une impasse.

Mais ce qui est encore plus terrible c'est que ce film occulte de fait l'amour lui-même: Le secret de Brokeback Mountain c'est le secret vis à vis du monde, mais c'est aussi et c'est le plus grave, le secret de l'un envers l'autre car à aucun moment ils ne parviennent à se dire le "Je t'aime" qui les aurait libérés de la pulsion aveugle et violente. Du coup, la tendresse est rare, empêchée, suscitant une frustration qui va se heurter à tout, faisant tout exploser. C'est tragiquement sinistre....et à aucun moment ne se pose la question fondamentale: "Comment puis-je t'aimer en te faisant du bien?" Non, tout est tourné sur cet enchaînement réciproque au sein duquel la passion ne peut que s'emballer dans une fuite en avant mortifère...alors qu'ils s'aiment! qu'ils s'aiment autant que toi et moi nous nous aimons, je crois.

Oh mon cher bon, en t'écrivant cela je suis dans une joie complète: je sais que nous, nous avons fait un jour ce pas décisif de nous donner l'un à l'autre, dans les paroles libératrices et jusque dans les gestes du don d'une tendresse pleine de délicatesse et de respect, pour mieux en sortir libres d'aller vers ce qui fait nos vies respectives et seul capable de les construire: notre mariage, notre épouse, nos enfants, bref notre vie d'homme en pleine lumière. Il reste que je vois de plus en plus nettement l'importance pour nous deux de cette tendresse partagée, même imparfaitement...ces heures suédoises puis celles de ma campagne... qui nous ont toujours laissés libres et forts d'aller vers notre meilleur avenir. Ce que ne parviennent pas à faire, tu verras, ces deux cow-boys rivés au malheur d'eux mêmes, plombés par le secret d'une passion toute en pulsion sexuelle.

Le sublime est là: je sais, tu sais, nous savons, que nous nous sommes donnés cela pour toujours! Que nous nous sommes aimés jusque là! que nous nous aimons à ce point ! Et cela suffit presque entièrement. Mon bon, mon si bon, t'ai je assez dit merci de toi? T'ai assez dit combien tu m'as sauvé? Si je n'avais pas eu ta tendresse à un certain moment de ma vie, si tu ne m'avais dit que tu m'aimais pour toujours, que serais-je devenu? Qui, ou plutôt quoi, hélas, aurais-recherché désespérément? Ensemble donc, le veux-tu, rendons grâce de nous avoir ainsi mis l'un face à l'autre pour toute la vie. Remercions pour ce don du cœur entre nous qui nous a permis d'avoir l'un par rapport à l'autre le souci de son bien le plus propre! Voilà notre secret à nous, si proche au départ et si différent en définitive de celui de ces deux pauvres cow-boys.