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La chasteté peut être vécue dans une affection forte partagée

« À l'époque j'avais 30 ans, il en avait 24. Je menais une double vie, fréquentant assidûment le milieu homosexuel version sado-masochiste, mais aussi la messe tous les dimanches, et la confession pour restaurer en moi l'image du parfait chrétien. Tout cela assaisonné d'engagement politique. La rencontre de ce garçon d'un autre milieu que le mien - je suis professeur du supérieur, lui est employé -, sans prétention intellectuelle mais à la fraîcheur de cœur incomparable, a commencé à faire changer des choses dans ma vie.

Lui-même avait été ébloui par sa rencontre avec un prêtre et m'a conduit à lui. Des prêtres qui nous disaient « priez », sans comprendre qui nous étions, j'en avais entendu beaucoup. Ce prêtre-là nous rejoignait vraiment dans ce que nous vivions, nos souffrances, nos paradoxes, notre soif surtout.

Telle que je l'ai connue en moi et en tant d'autres, la sexualité des homosexuels, à la différence de celle des hétérosexuels, est le plus souvent compulsive, à cause d'une quête d'affection insatiable qui remonte à notre petite enfance. Je ne dis pas que les hétérosexuels ne ressentent aucune pulsion, mais ce n'est pas du même ordre, ni dans la même mesure. Un garçon hétérosexuel peut dire « cette fille est mignonne, je me la ferais bien », cela reste au niveau d'un discours vaguement fantasmatique. D'après mon expérience, l'homosexuel qui rencontre un garçon qu'il désire sera poussé à faire tout pour coucher avec lui. Non par perversion, mais pour satisfaire une blessure. Mais l'acte accompli, il n'a qu'une envie : renouveler l'expérience. La blessure n'est pas pansée. La soif de vivre une vraie relation n'est pas comblée.

C'est ici que le chemin indiqué par ce prêtre m'a semblé prophétique. Il invitait d'abord à entreprendre éventuellement une psychanalyse pour mieux se comprendre et se libérer de ses peurs. Puis, en guise de pédagogie, et au lieu de nous imposer d'abord une cascade d'interdits, il nous proposait de vivre autrement la relation, dans un amour d'amitié. Mon orientation affective vers une personne de mon sexe est chez moi irréversible. J'ai découvert que la chasteté pouvait donner sens à une sexualité que j'avais toujours vécue de manière compulsive et violente. Que j'étais appelé à autre chose qu'à la recherche du plaisir sans fin. Que la chasteté pouvait être humainement vécue dans une affection forte partagée avec quelqu'un du même sexe, sans singer la conjugalité.

Cela fait 12 ans que je vis avec mon ami. Nous partageons toujours le même appartement, mais avons cessé toute relation sexuelle. Notre relation est devenu une amitié très forte et élective, où l'affection charnelle n'est pas absente. Si je n'ai plus envie de faire l'amour avec lui, j'ai besoin de le toucher, voire de le caresser. Je viens d'une famille ultra-puritaine où la sexualité était complètement taboue, et le corps cadenassé. Je pense que si on réhabilitait le langage des corps, si on se touchait davantage dans nos sociétés, il y aurait moins d'homosexuels. Les cathos conservateurs auraient beaucoup à apprendre de ma propre expérience. Dans cette relation nouvelle, j'ai tout gagné : l'ouverture aux autres, la générosité, le sens du bien, le sens de la construction de ma propre personnalité, l'épanouissement dans mon travail, dans mes recherches, dans mes relations aux autres.

Détail qui en fera tiquer plus d'un : nous sommes pacsés. J'ai longtemps été contre. Un jour, un ami d'une famille « bien » est décédé et son ami a été jeté à la rue. Nous avons alors opté pour un minimum d'assurance, pour qu'au décès de l'un ou de l'autre, celui qui reste ne se retrouve pas nié dans ce qu'il a vécu. Cela permet aussi à mon ami de travailler 4 jours sur 5 (et de sacrifier 25 % de son salaire) pour s'occuper de sa maman gravement malade. Nous ne vivons pas le pacs comme un mariage de substitution.

Quoiqu'il en soit, je chemine aujourd'hui dans une voie qui me pacifie. Fort de cette amitié indéfectible avec quelqu'un qui se trouve être un homme, je suis rivé à ce qui me construit.

B. 42 ans.